Dossier : chirurgie réparatrice

Chirurgie réparatrice

Notre action

Depuis près de 25 ans, La Chaîne de l'Espoir refuse de céder à la fatalité.

L'association se bat pour l'accès aux soins d'enfants démunis qui n'ont pas eu la chance de naître dans un pays où la santé est assurée pour tous.

"A La Chaîne de l’Espoir, c’est très simple, voici notre devise : on pense enfants… opération d’enfants… qui permettent de former des chirurgiens des pays des enfants… pour que ces chirurgiens opèrent leurs enfants… Nous opérons avant tout afin de former d’autres médecins sur place. Nous sommes des passeurs de témoins pour qu’à court terme, des chirurgiens sur place puissent prendre en charge leurs enfants pauvres. Alors bien sûr, il y a des pays où on peut plus facilement que d’autres" Philippe Valenti, vice-président de La Chaîne de l’Espoir.

En Colombie, malgré une amélioration du système de santé, 20 % de la population n'a pas de couverture sociale. Les plus pauvres n'ont aucun accès aux soins. La prise en charge des malades, la prévention ou le suivi des patients sont bien moins élevés qu'en France. Et les pathologies rencontrées sont plus graves.

Spécialisé dans la chirurgie reconstructrice du membre supérieur de l'enfant, médecin à l'Institut de la Main à Paris, le docteur Philippe Valenti, un des piliers fondateurs de La Chaîne de l'Espoir, a démarré le partenariat avec la Colombie il y a 30 ans.

"L’aventure en Colombie a débuté en 1982. J’étais déjà membre de la Société de microchirurgie européenne et lors d’une conférence, un colombien nous présente 200 replantations chirurgicales de poignets ! Je me suis dis, c’est inimaginable. J’ai fait la connaissance de ce médecin, le Docteur Jaime Espinal Restrepo, premier chirurgien avec lequel j’ai démarré. Il travaillait à Medellin, la deuxième ville du pays. Je suis allé le voir en Amérique du Sud et de là est partie notre coopération. J’ai rayonné dans toute la Colombie, des petits villages ruraux aux grandes villes, et je me suis occupé des enfants puisqu’il y a énormément de malformations congénitales".

"Voilà l’exemple typique d’un compagnonnage. Le docteur Restrepo est un ami d'une histoire de trente ans. L’intérêt est d’aller toujours dans les mêmes endroits, de suivre les mêmes enfants opérés il y a 20 ans. On apprécie les résultats à long terme. C’est formidable. Nous avons un objectif commun là-bas et ici. Les missions durent et les résultats sont probants".

A La Chaîne de l’Espoir, la Télémédecine répond à la demande croissante des soins. Ce savoir-faire est devenu une pratique courante pour coopérer à distance. Certaines missions en Afghanistan, Irak ou en Colombie sont désormais préparées en téléconférence entre les chirurgiens français et l’équipe médicale locale.

Ainsi, le docteur Valenti ne se rend désormais en Colombie qu'une fois par an pour assurer les opérations les plus délicates et compliquées. En trente ans, une quinzaine de chirurgiens colombiens dans cette spécialité ont été formés par le chirurgien français de La Chaîne de l'Espoir. Tous sont capables aujourd'hui d'opérer eux-mêmes toutes les malformations auxquelles ils ont à faire face. Une quinzaine de chirurgiens de la main ont été formés dans le pays du sculpteur colombien Fernando Botero. La Chaîne de l'Espoir réalise environ 150 consultations par an et opère environ 90 enfants par an. En 20 ans de coopération médicale humanitaire, environ 2 000 enfants ont pu être opérés des membres supérieurs.

Colombie

Le lien direct est établi depuis 20 ans entre l’épandage agricole de pesticides de très mauvaises qualités sur les champs de riz et de blé et les conséquences sur la santé telles que les malformations des membres. Sans concession pour les champs voisins, les producteurs de coca pulvérisent largement leurs plantations avec ces produits toxiques au moyen de petits avions.

La France et l’Europe contre-indiquent d’ailleurs ce type de pesticides dangereux pour la santé. La Colombie ne le contrôle pas dans les campagnes. Toute une population de petites familles d'agriculteurs pauvres est devenue génétiquement sensible et subit des effets secondaires.

Le mercure utilisé pour extraire l'or dans les mines est une substance chimique aux risques thérapeugènes. C'est le seul métal liquide à température ambiante. Il provoque des lésions inflammatoires et des maladies professionnelles. Ces mutations génétiques sont ensuite transmises par le père ou la mère et leurs enfants sont aussi victimes de malformations.

Dans le centre-ouest du pays, le long de la côte Pacifique, se situe la province du Choco. C'est une zone géographique rurale et très pauvre de la République de Colombie. Après ses interventions depuis plusieurs années dans des villes moyennes comme Ibagné, Arménia, Peirera qui possèdent des hôpitaux, l'équipe du Docteur Philippe Valenti a choisi d'aller à la rencontre de ces enfants d'agriculteurs.

 

Chirurgie réparatrice

Les malformations du membre supérieur dont souffrent les enfants pris en charge par les équipes de La Chaîne de l’Espoir présentent souvent le même schéma : la formation du membre supérieure n'est pas complète et l'opération consiste à rendre fonctionnelle la main.

Les malformations les plus fréquentes rencontrées peuvent être un doigt ou un pouce en plus ou deux doigts en plus et à ce moment-là, le chirurgien met tout en oeuvre pour reconstituer une main harmonieuse à 5 doigts.

Dans les syndactylies, les doigts peuvent être collés, ils sont alors séparés. 

Deuxième type d’intervention, si les enfants naissent sans doigt ou s’il leur manque 3 doigts, on peut transférer un orteil du pied sur la main pour reconstituer une pince, un doigt. C’est de la microchirurgie, c’est à dire que l’opération s’effectue avec un microscope et l’objectif est de récupérer une main préhensive c’est à dire au moins un pouce et un doigt voire deux doigts. La microchirugie ne représente qu’un quart de nos interventions mais une proportion plus élevée qu'en France car les pathologies sont plus graves. Il y a 2 à 3% d’échec. 2 à 3 échecs sur 100 cas de transfert d’un orteil sur 1 main. On parle de greffe d’orteil sur la main mais on ne parle pas d’autotransplantation d’un patient à un autre.

Autre chirurgie très importante, la pexus bracal. Les nerfs qui naissent des racines cervicales et qui vont innerver tout le membre supérieur pour assurer une fonction à la main, au coude et à l’épaule peuvent être étirés lors de la naissance lorsqu’on tire un bébé un peu corpulent par les épaules à l’accouchement parce qu'il ne naît pas facilement par voie naturelle. En tirant trop fort les épaules, on crée des lésions nerveuses et le bébé né avec un bras inanimé. Des enfants peuvent alors être opérés entre 3 et 6 mois pour une réparation des nerfs afin de leur redonner une fonction du membre supérieur. C’est la deuxième grande chirurgie que l’on pratique dans ces pays.

 "La rééducation chez les enfants est assez courte, entre un mois et six mois selon les pathologies. Pour ce secteur de la chirurgie, orthopédique ou des membres supérieurs, nous n’avons pas nécessairement besoin de beaucoup de matériel. Ces opérations ne sont pas chères, elles reviennent à 300 € en moyenne. L’anesthésie souvent locorégionale ou générale est souvent légère. Ce n’est pas une chirurgie chère comme peut l’être la chirurgie cardiaque, plus dispendieuse et compliquée. Nous pouvons opérer dans un petit hôpital, du moment qu’on a un peu de matériel. Donc dans ce type de pays, c’est tout à fait adapté".

Dr Valenti

Le docteur Valenti est vice-président et un des fondateurs  de l’association avec Alain Deloche et Eric Cheysson. Il affectionne le terme de compagnonnage, synonyme pour lui de l'origine latine du mot "qui partage le pain avec un autre".

Entraide, protection et éducation sont les vecteurs du développement médical pédiatrique des pays traversés.

"Dans mon cursus de chirurgien, je me suis beaucoup occupé des enfants comme chef de clinique à Trousseau. A l’époque nous allions opérés avec Médecins du Monde au Vietnam. Nous étions de plus en plus spécialisés et l’aventure a naturellement continué avec la Chaîne de l’Espoir lorsque nous avons décidé de fonder une association dédiée à l’enfant".

Son tour du monde entrepris de transmission des connaissances chirurgicales a démarré en Asie (Vietnam, Cambodge), en Afrique et maintenant plus particulièrement en Amérique du Sud : Colombie, Brésil, Argentine, Chili.

Plus récemment, depuis 5 ou 6 ans, les médecins renforcent leur présence en Egypte, en Iran et en Afghanistan. "Ce sont des choix personnels puisque j’exerce dans un Institut privé et je ne suis pas hospitalier hormis ma collaboration hebdomadaire à l’hôpital Robert Debré où je m’occupe des enfants, dans le service de Mr Malzar. C’est une volonté personnelle de partir, je ne perçois aucune rémunération et c’est un choix de vie. Ce sont à chaque fois des émotions fortes qui nous poussent toujours vers l’avant. Ma femme, elle-même médecin, est très conciliante. ll faut avoir une vie bien équilibrée pour pouvoir donner du temps aux autres".